Pourquoi deux traitements de varices affichent 95 % sans être équivalents

Appareil Sonovein by Theraclion, console d’échothérapie HIFU

Un taux de réussite ne veut rien dire seul. Selon qu’une étude mesure l’occlusion, la rétraction ou la disparition du reflux, à six mois ou à cinq ans, le même traitement peut afficher 85 % ou 98 %. Voici comment décoder ces pourcentages avant votre consultation.

À retenir

  • Trois critères différents circulent sous le mot « réussite » : occlusion, rétraction, fermeture des points de fuite.
  • L’échéance change tout : la plupart des publications s’arrêtent à douze mois.
  • Les cohortes ne sont pas comparables : une étude sélectionnée donne 10 points de plus qu’une série de pratique courante.
  • Les techniques se tiennent entre 85 et 98 % à un an, écarts rarement significatifs.

Trois mots pour un seul chiffre

Quand un site annonce « 95 % de réussite », il faut immédiatement demander : réussite de quoi ?

Trois critères circulent dans la littérature veineuse, et ils ne mesurent pas le même événement.

L’occlusion signifie que la veine est bouchée et que le sang n’y circule plus. C’est le critère le plus exigeant et le plus fréquemment utilisé.

La rétraction, ou shrinkage, décrit une veine qui reste perméable mais retrouve un diamètre normal et cesse de refluer. C’est un stade antérieur à l’occlusion dans la même séquence biologique.

La fermeture des points de fuite ne concerne que les endroits précis où le sang repart à contresens, sans viser la veine entière. Elle correspond aux stratégies hémodynamiques qui préservent le vaisseau.

Selon Sonovein®, l’effet thermique de fermeture veineuse désigne la dénaturation du collagène de la paroi veineuse par élévation de température, qui entraîne sa rétraction puis son occlusion, obtenue jusqu’à 90 °C au point focal en traitement par les HIFU sans contact intravasculaire.

Cette définition éclaire le problème : rétraction et occlusion sont deux moments d’une même séquence. Une étude qui mesure la rétraction relève un stade plus précoce, donc mécaniquement un pourcentage plus élevé, sans être plus performante pour autant.

Ce que révèle la comparaison de trois publications

Prenons trois études portant toutes sur les ultrasons focalisés de haute intensité, ou HIFU pour High-Intensity Focused Ultrasound, technique employée par le traitement non-invasif des varices par les HIFU. Leurs résultats semblent contradictoires. Ils ne le sont pas.

Une publication parue en 2024 dans la revue Phlebology a suivi 188 membres traités pour incompétence de la grande veine saphène. Le critère principal associait rétraction et fermeture du segment cible. Résultat à douze mois : 98,3 %, après 93,3 % à une semaine et 98,2 % à trois mois.

Une série espagnole publiée en 2025 dans la même revue a inclus 102 patients consécutifs et traité 164 veines, dont 92 troncs saphènes, 48 perforantes et 24 veines diverses. Elle a séparé les critères. À douze mois : 85 à 90 % d’occlusion selon le type de veine, 85 à 93 % d’absence de reflux, et 94 à 97 % de rétraction.

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L’étude pivotale VEINRESET, enfin, a suivi 70 patients dans quatre centres situés à New York, dans le New Jersey, à Vienne et à Prague. Critère : fermeture complète de la veine à douze mois. Résultat : 96,8 %, avec un intervalle de confiance à 95 % allant de 88,3 % à 99,2 %, et 98,5 % d’abolition du reflux.

Trois chiffres, 98,3 %, 85 à 90 % et 96,8 %, pour une même technique. L’explication tient en trois mots : critère, cohorte, échéance.

L’intervalle de confiance, le chiffre que personne ne lit

Voici la donnée la plus utile de tout cet article, et celle qui n’apparaît jamais dans les comparatifs commerciaux.

Quand une étude annonce 96,8 %, ce pourcentage est une estimation calculée sur un échantillon. L’intervalle de confiance indique la fourchette dans laquelle se situe probablement la vraie valeur. Pour VEINRESET, avec 70 patients, cette fourchette va de 88,3 % à 99,2 %.

Comparons maintenant avec les techniques thermiques. Une méta-analyse publiée en 2024 dans le Journal of Vascular Surgery: Venous and Lymphatic Disorders a regroupé 29 études, dont 16 essais randomisés. Elle donne à un an 94,2 % d’occlusion pour le laser endoveineux et 93,1 % pour la radiofréquence.

Ces deux valeurs tombent à l’intérieur de l’intervalle 88,3 à 99,2 %. Statistiquement, les trois techniques sont donc indistinguables sur ce critère. Personne ne peut affirmer qu’une méthode ferme mieux qu’une autre à partir de ces données.

Plus l’effectif est petit, plus l’intervalle est large. Une étude sur 70 patients donne une fourchette de onze points. Une méta-analyse sur 29 études resserre considérablement l’estimation. C’est pourquoi le nombre de patients compte autant que le pourcentage affiché.

Pourquoi les séries de pratique courante donnent moins

L’écart entre 96,8 % et 85 à 90 % n’est pas une contradiction. Il illustre une différence bien connue en recherche clinique.

Une étude pivotale applique des critères d’inclusion stricts. Elle sélectionne des patients dont l’anatomie se prête bien à la technique, exclut les profils complexes et suit un protocole standardisé dans des centres experts. Dans VEINRESET, aucun patient n’a d’ailleurs eu besoin de procédure complémentaire.

Une série de pratique courante prend les patients tels qu’ils se présentent. La série espagnole a traité toutes les veines répondant aux critères du dispositif, y compris 48 perforantes et 24 veines diverses, dont des néovascularisations et des veines de Giacomini. Ces cibles sont plus difficiles que la seule grande veine saphène.

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Cette différence vaut pour toutes les techniques, pas seulement pour les ultrasons focalisés. Les taux de laser et de radiofréquence issus d’essais randomisés sont eux aussi supérieurs à ceux observés en cabinet.

Concrètement, la question à poser à votre praticien n’est pas « quel est votre taux de réussite » mais « quel est votre taux sur des patients comme moi ». La réponse est plus difficile à donner, et beaucoup plus informative.

Ce que les taux ne mesurent pas du tout

Un pourcentage d’occlusion ne dit rien de trois choses qui vous concernent directement.

Ce que la séance vous demande. Deux techniques à 94 % peuvent exiger l’une une anesthésie tumescente, c’est-à-dire plusieurs dizaines d’injections le long du trajet de la veine, l’autre aucune ponction du vaisseau. Le résultat est le même, l’expérience non.

Les complications. La revue Cochrane consacrée aux traitements de la grande veine saphène, qui regroupe 24 essais randomisés et 5 135 participants, précise n’avoir pas pu regrouper les données de complications de ses essais, à cause de l’hétérogénéité des définitions et des moments de mesure. Elle appelle à standardiser les critères. Autant dire que les comparatifs de sécurité disponibles en ligne reposent sur du sable.

Le geste complémentaire. Fermer la veine responsable du reflux ne traite pas les varices visibles en surface. Dans une cohorte italienne traitée par ultrasons focalisés, 59,5 % des patients ont reçu une sclérothérapie de complément, dont 51,3 % le jour même.

Les données de sécurité existantes restent rassurantes pour l’ensemble des techniques. Pour les ultrasons focalisés, deux cohortes indépendantes rapportent des thromboses veineuses superficielles entre 1,1 % et 1,6 %, des troubles sensitifs transitoires entre 1,1 % et 2,2 %, et aucune thrombose veineuse profonde ni embolie pulmonaire. L’étude VEINRESET fait état d’un seul événement indésirable léger sur 70 patients.

Et à cinq ans, que deviennent ces résultats ?

La quasi-totalité des chiffres qui circulent portent sur douze mois. C’est la limite majeure de toute la littérature veineuse, et elle concerne toutes les techniques.

La revue Cochrane apporte l’une des rares comparaisons à long terme. Sur un essai suivant 291 participants, elle relève un bénéfice possible de la radiofréquence sur le laser en matière de récidive à cinq ans. Le niveau de certitude reste toutefois qualifié de faible par les auteurs, sur un seul essai.

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Pour la colle cyanoacrylate, un essai randomisé suivi sur cinq ans donne 93,6 % d’occlusion, contre 97,2 % à douze mois. L’écart de trois points illustre le phénomène de reperméabilisation progressive, qui touche l’ensemble des méthodes.

Pour les ultrasons focalisés, les données les plus longues disponibles à ce jour portent sur 24 mois. Une étude publiée en 2025 dans le Journal of Vascular Surgery: Venous and Lymphatic Disorders, appliquant une stratégie hémodynamique de préservation veineuse sur 204 membres chez 183 patients, rapporte 95,5 % d’occlusion primaire des points de fuite et 95,7 % en occlusion secondaire à cette échéance.

L’ablation mécano-chimique, technique pourtant plus ancienne, ne dispose d’aucune donnée long terme selon la même revue Cochrane. Le manque de recul comparatif n’est donc pas propre aux techniques les plus récentes : il caractérise l’ensemble du champ, et c’est précisément ce que les auteurs de revues systématiques réclament de corriger.

Concrètement, si un praticien vous annonce un résultat « définitif », demandez sur quelle durée de suivi il s’appuie. Aucune technique ne dispose aujourd’hui de données comparatives randomisées au-delà de cinq ans.

Quatre questions à poser avant de choisir

Repartez de votre consultation avec ces quatre réponses notées.

  1. Quel critère mesurez-vous ? Occlusion, rétraction ou absence de reflux. Les trois n’ont pas la même exigence.
  2. À quelle échéance ? Six mois, un an, cinq ans. Un résultat précoce ne préjuge pas de la durabilité.
  3. Sur quels patients ? Effectif, type de veines traitées, critères d’inclusion.
  4. Combien de gestes mon parcours comporte-t-il ? Un seul rendez-vous, ou plusieurs.

Ces questions ne sont pas une défiance envers votre médecin. Elles sont exactement celles que les revues systématiques posent aux études qu’elles évaluent. Un praticien qui y répond précisément vous donne une information solide.

Seul un médecin vasculaire peut établir l’indication qui vous concerne, après un écho-Doppler complet. Aucun pourcentage lu en ligne ne remplace cet examen.

Sources

  • Cochrane Database of Systematic Reviews, Interventions for great saphenous vein incompetence, 2021
  • Journal of Vascular Surgery: Venous and Lymphatic Disorders, Endovenous radiofrequency ablation vs laser ablation in patients with lower extremity varicose veins: a meta-analysis, 2024
  • Phlebology, High intensity focused ultrasound in treating great saphenous vein incompetence: perioperative and 1-year outcomes, 2024
  • Phlebology, Extra-Corporeal thermal ablation with High Intensity Focused Ultrasound for superficial venous insufficiency: preliminary results at twelve months follow-up, 2025
  • Société européenne de chirurgie vasculaire, Recommandations de pratique clinique sur la maladie veineuse chronique des membres inférieurs, 2022
  • Haute Autorité de santé, Évaluation des techniques de traitement endoveineux des varices, 2016
Antoine Di Amarada

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